Saskia de Rothschild : l’héritière met la famille au vert
Tout sourire, la jeune héritière passerait presque inaperçue si elle ne portait pas ce nom de famille comme une couronne : Rothschild. Ce jeudi, au World Impact Summit, Saskia de Rothschild est dans l’ombre d’Hilary Clinton et de Raphaël Glucksmann, mais ne se détache pas pour autant de sa lignée.
Saskia de Rothschild au World Impact Summit, jeudi 7 Mars à Bordeaux
Sans artifice. Petit pull, chemise moutarde et pantalon vert, elle se fond dans la masse des entrepreneurs écolo-bobo. Pourtant c’est bien elle, la présidente des Domaines Barons de Rothschild. Le prestigieux nom du vin français est passé, depuis son arrivée en 2018, au vert. La nouvelle génération des grands patrons n’est peut-être pas si ignorante des problèmes environnementaux. Pas de produit phytosanitaire dans les vignes de Rothschild ? Des exploitations entourées de mares et de haies pour provoquer la biodiversité ? Des annonces qui pourraient passer pour des blagues, si cette femme n’était pas véritablement éco-anxieuse.
Son angoisse face à un vivant qui se meurt est apparue à la naissance de ses enfants. Quel monde laisser aux générations futures ? Un porte-monnaie encore plus dodu ou une atmosphère respirable ? Elle a fait son choix, encore faut-il convaincre ses congénères. Faire accepter une légère baisse de rendement au profit d’une longévité et d’une avance sur la concurrence non négligeable. Évidemment, être « fille de », ça aide, même si elle aimerait bien qu’on l’oublie un peu. Quand les actionnaires de l’entreprise font partie du cercle proche, ils savent arrondir les angles.
Mais son histoire familiale, elle préfère ne pas trop en jouer. Saskia commence une vie professionnelle loin des vignes, dans le journalisme. D’abord HEC puis Columbia aux Etats-Unis, elle profite tout de même allègrement d’une situation financière facilitante. C’est pourtant sous le nom de jeune-fille de sa mère qu’elle évolue au New York Times notamment, comme une volonté d’être plus qu’un héritage. Elle adore ce métier, mais elle explique « J’avais une autre passion a côté de raconter des histoires, c’était la nature ». Ainsi, Saskia décide finalement de retourner aux racines, motivée par la santé fragile de son père, non sans quelque regret.
Elle ne veut pas simplement profiter de la fortune familiale elle veut se sentir légitime. Saskia est experte de son sujet, elle maîtrise. Pas facile d’être la petite dernière qui a encore tout a prouver, d’autant plus quand on veut tout changer. Être une femme, la première à reprendre la présidence, n’a rien d’évident. La pression qu’elle ressent, elle ne la doit qu’à elle même. Exigeante et surtout une « éternelle insatisfaite » selon ses dires, elle a besoin d’être experte pour se sentir à sa place. Saskia a évolué parmi ses semblables, pourtant l’entrée dans le monde de l’entreprise a été un choc. Sa douceur laisse paraître un fort caractère, indispensable pour ne pas se faire marcher dessus. C’est une femme d’affaires, une femme d’affaires en bois brut.