Le prince de Teahupoo défend son royaume

Matahi Drollet, le petit prince de Teahupo’o, défend son royaume à l’approche des JO 2024

Face à la polémique de la nouvelle tour des juges pour l’épreuve de surf au JO 2024, de nombreux sportifs s’engagent pour la protection du récif de Teahupo’o. Parmi eux, Matahi Drollet, surfeur tahitien. Celui qu’on surnomme le « petit prince de Teahupo’o » est la figure de proue du mouvement de protestation.

Matahi Drollet à Teahupo’o malgré la vigilance rouge en juillet 2022 (Surf Report)

Le récif de Teahupo’o à Tahiti, accueillera durant trois jours les épreuves de surf des Jeux Olympiques 2024. Les locaux et surfeurs du monde entier s’opposent à la construction d’une nouvelle tour d’arbitrage en aluminium. Celle-ci remplacerait les deux tours en bois habituellement utilisées lors des compétitions de la WSL (World Surf League). Le projet, qualifié de désastre environnemental par les associations de protection de l’environnement, est vivement critiqué. Matahi Drollet, amoureux de la vague qu’il a de nombreuses fois défiée, est le meneur de cette lutte pour préserver le récif tahitien. 

« La mer est un lieu sacré, c’est un héritage ancestral que l’on se doit de protéger »

Amour de la tradition, cheveux bouclés et sourire parfait, Matahi est la version surfeur du internet boyfriend. Il est avant tout un amoureux de l’océan et se qualifie de free surfeur professionnel. Il ne court pas après les titres et préfère se garder du temps pour ses autres passions telles que les sorties en mer sur sa pirogue double polynésienne et la pêche sous-marine. La pirogue double polynésienne est l’ancêtre des catamarans actuels, c’est un bateau à voile à deux coques. Dans une interview à Surf Report il se confie sur son lien profond avec l’océan « Toute ma vie est orientée autour de l’océan ». 

C’est cet amour pour l’environnement marin et pour le village où il a grandi qui le pousse à s’engager pour leur protection. Il prend position contre le projet de tour de juge pour les épreuves de surf chez lui à Teahupo’o. Sur son compte Instagram il publie une vidéo dans laquelle il explique les raisons de son engagement. 

Assis face à son téléphone, il raconte la gorge serrée la destruction des coraux, l’industrialisation des fonds marins, la déformation de la vague et tout ça dans l’opposition totale des revendications de la population. A travers ces vidéos, il met en avant la pétition qu’il a lancé pour protéger les fonds marins et les marches pacifistes qu’ils partagent en direct. Entre deux sessions de surf, il défile au milieu de centaines de tahitiens pour défendre Teahupo’o. La pétition publiée le 17 octobre 2023 a déjà récolté plus de 160 000 signatures. Le petit prince protège le Mana de l’île connue comme un paradis du surf. 

 

Matahi Drollet qualifié en août pour la Shiseido 2023 à Tahiti

« Si j’ai la carrière que j’ai aujourd’hui, c’est grâce à l’environnement qui m’entoure »

Matahi vient d’une famille de surfeur et grandit avec son frère Manoa dans une maison face à la vague tahitienne. C’est à 14 ans que les gens du village commencent à l’appeler le petit prince en le voyant dompter des murs de plus de dix mètres. A seulement 16 ans il remporte le Red Bull WSL Big Wave Award qui récompense le plus beau tube de l’année, c’est-à-dire une vague qui se referme sur elle-même. Rien n’arrête le petit prince qui se fait une place à l’internationale en surfant la plus grosse vague de Teahupo’o en 2021. Dans les médias, il exprime sans cesse sa reconnaissance pour cette vague mythique qui lui a permis d’accéder aux compétitions internationales. En passant le plus clair de son temps dans l’eau, il développe une nouvelle passion : le foil.

Souvent considéré comme un « surf motorisé », le foil est en réalité un sport bien à part. Selon Matahi, la pratique s’apparente plutôt à celle du jet ski. Précurseur du domaine en Polynésie française, il est sponsorisé par la marque Lilloise Takuma. Il est la star du film publicitaire Silent Intensity pour Porsche et Takuma.  On le voit sur un e-foil, une planche de surf avec un bras motorisé de foil, parcourir la Seine juste devant la tour eiffel. Il vole presque et fait forte impression au grand public par son aisance sur ce nouveau modèle.

Cet été il remporte le tournoi de qualification de la Tahiti Pro et affronte le brésilien, numéro un mondial, Filipe Toledo. Le journal L’Equipe le qualifie même de « surfeur le plus cool du monde » alors qu’il exprime son calme face aux championnats.

https://youtu.be/uKBJVMuhMhM?si=XI1ICNHm3ziVl__a

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